Non dรฉfini
Par Michele Cattani
Credit photo : Michele Cattani
Un journaliste de l’AFP a pu suivre l’รฉquipe de cette ONG suisse pendant plusieurs jours.






– “Zone grise” –
“L’ocรฉan Atlantique est immense, il est impossible de couvrir l’ensemble de la route empruntรฉe par les pirogues”, explique Omar El Manfalouty, l’un des pilotes du Beechcraft 58 Baron de l’ONG, baptisรฉ “Seabird”.
“Nous nous concentrons surtout sur les zones oรน d’autres acteurs ne sont pas prรฉsents, entre 300 et 500 milles nautiques des Canaries. C’est une zone grise, oรน les secours arrivent souvent trop tard”.
“Depuis les airs, nous avons une rapiditรฉ et une visibilitรฉ supรฉrieures ร celles des navires”, explique Samira, coordinatrice tactique de la mission, qui n’a pas souhaitรฉ donnรฉ son nom de famille en raison des menaces subies par l’ONG dans plusieurs pays europรฉens.
Une fois une embarcation repรฉrรฉe, une rรฉponse d’urgence est dรฉclenchรฉe avec les navires marchands ร proximitรฉ et Salvamento Maritimo, l’organisme public espagnol de sauvetage en mer, prend le relais.
Un matin de janvier, alerte de l’ONG Alarm Phone: une embarcation transportant 103 personnes, dont neuf femmes et trois enfants, partie de Gambie, est portรฉe disparue. L’รฉquipage de HPI se mobilise pour dรฉcoller.
“Partir de Gambie signifie affronter environ 1.000 milles nautiques… Si le moteur (de l’embarcation, NDLR) est tombรฉ en panne le premier ou le huitiรจme jour, les conditions de recherche changent complรจtement”, relรจve Samira.
Sur sa tablette, elle trace plusieurs routes au large de Nouadhibou, en Mauritanie, dans une zone oรน les embarcations ont tendance ร se diriger vers l’รฎle d’El Hierro, la plus occidentale des Canaries. C’est la route la plus distante des cรดtes, et la moins surveillรฉe.
– Yeux rivรฉs aux hublots –




Aprรจs trois jours consรฉcutifs de vol et prรจs de 3.800 milles nautiques couverts, aucune trace des deux embarcations. A la date de publication de ce reportage, aucune des deux n’est arrivรฉe ร destination.
Prรจs du centre d’accueil de Las Palmas (Canaries), Ousmane Ly, Sรฉnรฉgalais de 25 ans rรฉcemment arrivรฉ par la mer ร Gran Canaria, observe la plage de Las Canteras.ย Des compagnons de traversรฉe, รฉgalement Sรฉnรฉgalais, profitent du soleil pour prendre des photos.
La joie d’รชtre arrivรฉs vivants l’emporte sur les difficultรฉs ร marcher aprรจs des jours entassรฉs sur une pirogue.ย Sur leurs mains, bras et jambes, les traces des plaies causรฉes par l’eau salรฉe.
Ousmane montre le tรฉlรฉphone qu’il a rรฉussi ร faire sรฉcher pour appeler sa mรจre: “elle me cherchait depuis onze jours”.
Il raconte qu’une fois montรฉs sur la pirogue, les passagers ont รฉtรฉ recouverts d’une bรขche. “J’ai fermรฉ les yeux et j’ai pensรฉ ร ma mรจre, Fatima”.
La bรขche – pour protรฉger du soleil le jour et du froid la nuit – a รฉtรฉ retirรฉe dix jours plus tard, lorsque l’embarcation a รฉtรฉ secourue par Salvamento Maritimo.
ร bord se trouvaient 108 personnes. Deux รฉtaient mortes au moment du sauvetage.
Sur la plage de Las Canteras, Ousmane, lui, continue de fixer l’ocรฉan.
Humaniterre avec AFP






