Lagos, Nigeria
“Si nous restons les bras croisรฉs, si nous cessons d’envoyer nos enfants ร l’รฉcole et d’aller travailler dans nos champs, cela reviendrait ร accepter ce que Boko Haram veut : interdire l’รฉducation occidentale. Nous ne sommes pas d’accord avec cela”, affirme Yana Galang, 55 ans, mรจre de huit enfants, dont Rifkatu, enlevรฉe ร l’รขge de 18 ans et qu’elle n’a jamais revue.
“Le peu d’argent dont nous disposons, nous le dรฉpensons uniquement pour l’รฉducation de nos enfants, afin de les envoyer dans les meilleures รฉcoles”, poursuit la mรจre de famille.
En 2014, l’enlรจvement de 276 lycรฉennes ร Chibok, dans lโรtat de Borno, avait provoquรฉ un tollรฉ international. 12 ans plus tard, une centaine d’entre elles n’ont toujours pas รฉtรฉ retrouvรฉes, laissant les familles dans une angoisse permanente.



Ce partenariat a รฉtรฉ soutenu par Joel Kachi Benson, rรฉalisateur du documentaire ยซ Mothers of Chibok ยป, sorti en salles la semaine derniรจre, qui retrace la vie de ces mรจres.
Avant la crรฉation de Mothers of Chibok, leurs rรฉcoltes รฉtaient vendues non transformรฉes ร des intermรฉdiaires du village, gรฉnรฉrant des revenus maigres et alรฉatoires. Aujourdโhui, leur travail a plus de valeur, elles obtiennent un revenu stable et touchent un public plus large.
La production dโarachides de ces femmes est passรฉe de 15 sacs de 100 kg ร 27 sacs entre 2024 et 2025.
Pour Ajrena Foods et Zenfix Nigeria, cette initiative s’inscrit dans un projet de reconstruction sociale et รฉconomique susceptible d’inspirer d’autres mรจres dont les enfants ont รฉgalement รฉtรฉ enlevรฉs par Boko Haram, d’autres groupes djihadistes ou des gangs criminels.
Photo by TOYIN ADEDOKUN / AFP)

– Un avenir meilleur –
ร Chibok, village agricole pauvre oรน les habitants vivent surtout de la culture du maรฏs, des cacahuรจtes, du mil et du riz, la menace d’attaques et d’enlรจvements n’a pas disparu.
Boko Haram et son rival, lโรtat islamique en Afrique de l’ouest (ISWAP), continuent de kidnapper et terroriser les populations locales.
Au total, neuf habitantes de Chibok collaborent avec Zenfix Nigeria, sociรฉtรฉ vendant des cacahuรจtes et produits ร base de noix, et Ajrena Foods, producteur de la marque de beurre de cacahuรจte Nutzy, trรจs populaire au Nigeria. Ce partenariat s’est fait grรขce ร l’aide de Joel Kachi Benson, auteur du documentaire “Mothers of Chibok”, sorti en salles la semaine derniรจre, qui retrace le parcours de ces mรจres de famille.
“Le message est clair, le mal ne triomphera jamais. Ces femmes ne sont pas brisรฉes. Elles sont peut-รชtre en deuil, mais elles ne sont pas brisรฉes. Tout ce dont elles ont besoin, c’est de soutien, de collaboration, d’encouragements pour tenir bon, pour garder espoir”, explique Joel Kachi Benson, entourรฉ de ces mรจres de famille dont beaucoup ignorent si leur fille est encore vivante.
Avant la crรฉation de Mothers of Chibok, leurs rรฉcoltes รฉtaient vendues brutes ร des intermรฉdiaires du village, gรฉnรฉrant des revenus faibles et imprรฉvisibles.
Aujourd’hui, elles souhaitent mieux valoriser leur travail, obtenir un revenu stable et toucher un public plus large.
La production de cacahuรจtes de ces femmes est passรฉe de 15 sacs de 100 kgย ร 27 sacs entre 2024 et 2025.
Maryam Ali Maiyanga, 28 ans, ancienne lycรฉenne kidnappรฉe qui a rรฉussi ร s’รฉchapper en 2016, contemple pendant de longues minutes les pots et sachets รฉtiquetรฉs. Chaque produit symbolise pour elle la promesse d’un avenir diffรฉrent pour son fils Ali, neuf ans, nรฉ pendant sa captivitรฉ d’un mariage forcรฉ avec un combattant de Boko Haram.
“S’il grandit sans instruction, il risque de suivre les traces de son pรจre”, confie-t-elle.







– Inspirer d’autres femmes –
Ruth Kwakwe, 48 ans, est heureuse d’avoir pu รฉtiqueter elle-mรชme certains produits lors de la visite.
Pour cette mรจre de 10 enfants, Mothers of Chibok porte aussi la revendication de vivre en paix ร Chibok.
“Je n’ai jamais quittรฉ Chibok. Je n’ai plus peur, mais mรชme si j’avais peur, oรน serais-je allรฉe ?”, demande Mme Kwakwe, dont la fille Awa avait 17 ans au moment de l’enlรจvement.
Pour Ajrena Foods et Zenfix Nigeria, l’initiative s’inscrit dans un projet de reconstruction sociale et รฉconomique qui pourrait inspirer d’autres mรจres dont les enfants ont aussi รฉtรฉ enlevรฉs par Boko Haram,ย d’autres groupes jihadistes ou des gangs criminels.
“Notre rรดle est de leur fournir un moyen de sortir du traumatisme qu’elles ont vรฉcu et de crรฉer un commerce durable, pour elles, leurs enfants et leurs communautรฉs”, explique Ajay Ramnani, directeur gรฉnรฉral d’Ajrena Foods.
De son cรดtรฉ, Taibat Dayo-Amzat, fondatrice de Zenfix Nigeria, se dit optimiste pour l’avenir de cette collaboration. “Cela crรฉe des emplois, amรฉliore la vie des gens, et a un impact qui va loin. C’รฉtait un vrai gagnant-gagnant”, se rรฉjouit-t-elle.
L’รฉquipe de Mothers of Chibok espรจre que d’autres femmes les rejoindront bientรดt et se prend mรชme ร rรชver de faire rayonner la marque ร l’international.
Une dรฉcennie aprรจs l’enlรจvement des lycรฉennes de Chibok, les kidnappings de masse restent une rรฉalitรฉ dans le nord et le centre du Nigeria et sont devenus “une industrie structurรฉe et lucrative” qui a rapportรฉ quelque 1,66 million de dollars (1,43 million d’euros) entre juillet 2024 et juin 2025, selon un rapport rรฉcent de SBM Intelligence, un cabinet de conseil basรฉ ร Lagos.
Humaniterre avec AFP






