Ilorin, Nigeria
Par Tonye Bakare
En fรฉvrier, des jihadistes prรฉsumรฉs avaient attaquรฉ le village de Woro, massacrant plus de 160 personnes et en kidnappant tout autant.Ce fut l’une des attaques les plus meurtriรจres depuis des mois au Nigeria, pays le plus peuplรฉ d’Afrique ravagรฉ depuis 17 ans par l’insรฉcuritรฉ liรฉes aux jihadistes et aux gangs criminels qui pillent et incendient les villages, kidnappent et tuent les habitants.
La libรฉration des habitants de Woro a รฉtรฉ annoncรฉe la semaine derniรจre par le gouvernement nigรฉrian, aux cรดtรฉs de 145 autres otages enlevรฉs dans l’Etat du Niger voisin, dans ce qu’il a appelรฉ “la plus grande opรฉration de sauvetage jamais menรฉe en une seule journรฉe”.
– “Flammes de l’enfer” –
Allongรฉs sur des rangรฉes de lits dโhรดpital, les corps des rescapรฉs portent les traces de plusieurs mois de captivitรฉ.
Certains enfants sont encore sous perfusion, canules fixรฉes avec du sparadrap au dos de leurs petites mains.
Une รฉquipe de mรฉdecins et dโinfirmiรจres se pressent autour du lit d’un enfant allongรฉ sous un drap bleu, reliรฉ ร un respirateur.
A cรดtรฉ, un autre enfant a une jambe et un bras enveloppรฉs de bandages en crรชpe et immobilisรฉs au moyen d’attelles en bois.
Une fillette รขgรฉe dโร peine six ans pleure, assise seule sur un lit. Sa famille ne lui a pas encore rendu visite depuis son arrivรฉe ร l’hรดpital.
“Ils rรฉagissent tous bien aux traitements”, explique ร l’AFP une infirmiรจre en tenant la petite main d’un garรงon dโenviron quatre ans. Mais “certains d’entre eux ont encore besoin de transfusions sanguines”.
“ร leur arrivรฉe, leur รฉtat รฉtait trรจs grave : ils รฉtaient en captivitรฉ depuis six mois, souffraient de malnutrition sรฉvรจre, prรฉsentaient de nombreuses maladies de peau, certains avaient des fractures et certaines mรจres venaient tout juste d’accoucher”, dรฉtaille le docteur Ahmed Bola Abdulkadir, directeur de l’hรดpital.
Sur les 57 personnes encore prises en charge ร l’hรดpital, dont 33 enfants, “un ou deux sont encore en soin intensifs”, prรฉcise-t-il. Une fois rentrรฉes chez elles, les victimes devront toujours รชtre suivies pour soigner leur malnutrition.
Un suivi psychologique a dรฉjร dรฉmarrรฉ, assure le mรฉdecin, pour “les aider ร surmonter ce traumatisme”.
Les victimes ont รฉtรฉ dรฉtenues dans un campement au milieu de la vaste forรชt de Kainji ร cheval sur les Etats de Kwara et Niger, repรจre notoire de bandits et de jihadistes.
Une victime a dรฉclarรฉ qu’on leur avait interdit de s’adresser ร la presse depuis leur arrivรฉe ร l’hรดpital.
“Je ne souhaiterais pas cela mรชme ร mes ennemis. C’รฉtait comme si nous venions tout juste de revenir des flammes de l’enfer”, a dรฉclarรฉ ร l’AFP Hajara, une victime ร l’air รฉmaciรฉ.
Pendant leur captivitรฉ, les otages รฉtaient nourris de “tuwo”, une sorte d’รฉpaisse bouillie ร base de sorgho, et d’une “soupe” composรฉe d’un mรฉlange d’eau de riviรจre et de sel. Quand ils avaient de la chance, leurs ravisseurs leur donnaient des bouillons cubes et, exceptionnellement, de la viande de vache.
Ceux qui s’aventuraient dans les fourrรฉs environnants pour se soulager sans l’autorisation des gardes รฉtaient battus, a racontรฉ Amira Salihu, une infirmiรจre de 25 ans dont les deux frรจres ont รฉtรฉ tuรฉs par ses ravisseurs.
– Naissances nocturnes –
“Nous dormions prรจs d’une riviรจre, nous buvions cette eau”, dรฉtaille Amira depuis l’hรดtel Royalton Palace d’Ilorin, gardรฉ par des policiers armรฉs, oรน elle est logรฉe depuis son retour avec ses compagnons d’infortune qui ne nรฉcessitent plus de soins mรฉdicaux.
Selon elle, plus d’une douzaine de femmes du camp รฉtaient enceintes et ont accouchรฉ pendant leur captivitรฉ, grรขce ร son aide.
Dans l’ombre รฉpaisse de la nuit, les lampes de poche ร piles รฉtant les seules sources de lumiรจre, elle a mis les bรฉbรฉs au monde ร mains nues et ร l’aide de lames de rasoir non stรฉrilisรฉes que, selon elle, leurs ravisseurs leur fournissaient.
“J’ai empruntรฉ une lame de rasoir pour couper le placenta, parfois, on recevait un rasoir neuf”, dรฉcrit-elle.
Notre journaliste a pu voir mardi ร lโhรดpital l’un des bรฉbรฉs mis au monde en captivitรฉ.
“On nous a dit qu’environ 13 enfants รฉtaient morts en captivitรฉ”, raconte Umar Bio Salihu, le chef de Woro, ajoutant que 13 habitants du village sont toujours retenus de force par leurs ravisseurs.
Ailleurs dans l’enceinte de l’hรดtel, des dizaines de victimes, dont beaucoup d’enfants de moins de 12 ans, dรฉjeunent bruyamment autour de tables en plastique.
“Je suis heureux de les voir ainsi”, se rรฉjouit le chef de Woro, qui fait la navette entre Ilorin et son village situรฉ ร environ 200 kilomรจtres.
“Quand je les ai vus aprรจs leur libรฉration, c’รฉtait terrible. Maintenant, ils ont l’air d’aller mieux”, se fรฉlicite-t-il.
Malgrรฉ l’ampleur de la tragรฉdie, Woro reprend vie, assure Isah Mogaji, un habitant du village, selon qui le marchรฉ hebdomadaire bat son plein ร nouveau.
“La communautรฉ (de Woro ndlr) est trรจs heureuse ร prรฉsent, elle attend de retrouver ses habitants, mรชme si ceux-ci sont encore sous traitement mรฉdical”, confie M. Salihu.
Humaniterre avec AFP
Nigeria kidnap victims escape ‘hellfire’ captivity beaten, malnourished
Ilorin, Nigeria
The patients were among 163 kidnapping victims rescued in August in the Kainji Lake National Park forest, after their village, Woro, was attacked by suspected jihadists.
In total, 308 people were freed in what the government called the largest single day rescue operation. But at the Kwara State University Teaching Hospital in Ilorin, a long road to recovery lay ahead.
A child lay beneath a blue sheet, hooked to a respirator, with doctors and nurses clustered around the bed.
A sobbing girl, no more than six years old, sat alone on a bed, her family yet to visit.
“They are all responding to treatments,” a nurse said, holding the tiny hand of a young boy about four years old. “Some of them still need blood.”
Suspected jihadists attacked Woro, near the border with Benin, in February, killing at least 165 people and kidnapping scores.
Abductions have become a key moneymaker for criminal groups in Nigeria, especially among jihadists and non-ideological bandit groups across the north and centre of the country.
The victims were kept at a camp along with more than 100 others seized from other villages, including Kasuwan Daji and Konkoso, both in Niger state, Woro village head Umar Bio Salihu told.
Thirteen people from Woro died in captivity, he said, and 13 more remain in captivity.
– Kidnapping crisis –
Interviews with victims in the hospital were brief and stymied by officials who repeatedly bounced journalists between different offices to seek approval.
The government has touted the rescue of the Woro villagers as a major success in its campaign. But it still faces a crisis as kidnappings have become so rampant across the country that they have become a multi-million-dollar industry, according to SBM Intelligence, a Lagos-based consultancy.
“We thank God we are out,” one gaunt victim, Hajara, said. “I do not wish that on even my enemies. It was like we just came back from hellfire.”
While being held by the gunmen, the captives were fed tuwo, a thick, porridge-like meal made from guinea corn, and a “soup” made from a mixture of river water and salt. When they were lucky, their captors gave them seasoning cubes.
Occasionally they got beef, from cattle they assume was rustled.
“When they came they were quite bad… severe malnutrition, lots of skin diseases, some had fractures, some mothers have just delivered,” the hospital chief medical director, Ahmed Bola Abdulkadir, told , adding many need care for “psychological trauma”.
– Babies delivered by torchlight –
While in captivity, those who went to relieve themselves without the guards’ permission were beaten, said 25-year-old nurse Amira Salihu, whose two brothers were killed during the February attack.
The daughter of the Woro village head’s gentle smile belied her harrowing experience as she spoke to AFP from a hotel — guarded by police — where some freed abductees were staying.
More than a dozen women went into labour while in captivity, Amira Salihu said.
With little visibility — battery-powered torches being the only sources of light — she helped to deliver the babies using her bare hands.
“I borrowed a razor blade to cut the placenta,” she told.
At the hotel, scores of the victims, mostly young children, noisily gathered around plastic tables in a hall for lunch.
“I am happy seeing them like this,” Umar Bio Salihu, the village head, told.
He has been shuttling between Woro and Ilorin, some 200 kilometres (125 miles) away, to check on the victims while they recover under government care in the state capital.
Despite the scale of the tragedy, Woro is coming back to life, a resident Isah Mogaji told, with the village market in full swing.
“The community is very happy now,” village head Salihu said. “They are waiting to receive their people.”
Humaniterre with AFP






