Bouakรฉ, Cรดte d’Ivoire
Crรฉรฉ en janvier, le Rรฉseau africain pour l’inclusion des personnes handicapรฉes (RAIPH), une initiative pour l’instant prรฉsente dans 17 pays, a d’ailleurs rรฉcemment qualifiรฉ le manque de prise en charge du handicap d'”urgence continentale”.
A l’Arche, situรฉe ร Bouakรฉ (centre), deuxiรจme ville de Cรดte d’Ivoire, les personnes accueillies sont รขgรฉes de 8 ร 60 ans et portent diffรฉrents handicaps intellectuels. Trente-et-une vivent actuellement sur place et prรจs de 100 viennent rรฉguliรจrement participer ร des activitรฉs.
La structure, qui fait partie d’une fรฉdรฉration d’associations prรฉsente dans 38 pays, est l’un des rares centres spรฉcialisรฉs dans le handicap mental et l’un des plus importants de Cรดte d’Ivoire par sa capacitรฉ d’accueil, ร vie,ย de dizaines de personnes, depuis 1974.
Alexandre, “je l’ai aimรฉ beaucoup plus que mes autres enfants”, confie ย d’une voix douce Ahou Albertine Kouadio, 70 ans.
Le placer ici, depuis plusieurs annรฉes, “c’est difficile, mais je lutte”, ajoute-t-elle.ย Car sa prรฉsence ร la maison pouvait รชtre source d’inquiรฉtudes.
En Cรดte d’Ivoire, comme dans d’autres pays africains, les enfants porteurs d’un handicap, quel qu’il soit, sont souvent rejetรฉs, qualifiรฉs de “sorciers” ou d'”enfants serpents”, pour ceux qui se meuvent difficilement.
Et le pays compte trรจs peu de structures publiques de santรฉ dรฉdiรฉes aux personnes atteintes de dรฉficience intellectuelle, souvent envoyรฉes dans des retraites religieuses non conventionnelles pour รชtre “soignรฉes”.
Dans des cas extrรชmes, elles sont “accompagnรฉes”, c’est-ร -dire tuรฉes par leurs proches ou des gens de la communautรฉ, souvent par empoisonnement ou par noyade, rapporte le directeur du centre, Cรฉlestin N’Goran.



– “Beaucoup de prรฉjugรฉs” –


Odette, plus รขgรฉe, dont le prรฉnom a รฉtรฉ modifiรฉ pour prรฉserver son anonymat, a rejoint le centre dรจs l’enfance. Ses parents sont dรฉcรฉdรฉs et elle n’a plus de famille pour lui rendre visite. Lorsqu’elle erre dans la cour, elle rรฉpรจte inlassablement le nom de son village.
Certains enfants sont dรฉposรฉs ici trรจs jeunes et n’ont plus aucune nouvelle de leurs proches.
“Les enfants ne sont pas des sorciers, mais ce sont des personnes ร part entiรจre qui ont droit ร la vie, nous devons respecter leur dignitรฉ et les intรฉgrer dans la sociรฉtรฉ”, plaide Cรฉlestin N’Goran.
Les personnes accueillies ร l’Arche, dont la plupart sont sous traitement neuroleptique, participent ร diverses activitรฉs: apprentissage de l’alphabet, coloriage, ou maraรฎchage.
Le centre effectue รฉgalement un suivi rรฉgulier dans les familles, pour voir “si ces enfants, ร la maison, arrivent ร suivre ce que nous leur apprenons ici”, ajoute Marine Tardy Kouamรฉ, assistante sociale.
Elle amรจne aussi les parents ร “accepter leurs enfants tels qu’ils sont”, par des actions de sensibilisation et des groupes de parole.
“Le handicap intellectuel est peu connu, ce qui fait qu’il y a beaucoup de prรฉjugรฉs”, dรฉplore Cรฉlestin N’Goran.
Il est “en marge” par rapport aux autres handicaps, moteurs ou sensoriels, estime-t-il.
Dans une tribune publiรฉe en juillet par le mรฉdia franรงais spรฉcialisรฉ Handinova, la nouvelle initiative africaine RAIPH รฉvoque des “avancรฉes normatives indรฉniables” sur le continent mais liste de nombreuses difficultรฉs.
Notamment “une rรฉalitรฉ encore mal documentรฉe”, un “dรฉficit de formation des personnels soignants”, “une faible intรฉgration” du sujet “dans les politiques sanitaires nationales” et des “reprรฉsentations sociales tenaces”.
Humaniterre avec AFP






