Banjul, Gambie
Malgrรฉ l’interdiction en vigueur, la Gambie fait partie des dix pays au monde oรน le taux de MGF est le plus รฉlevรฉ: 73% des jeunes filles et femmes รขgรฉes de 15 ร 49 ans avaient subi cette pratique en 2020, selon l’Unicef.
En 2025,ย les morts de deux nourrissons rรฉcemment excisรฉs avaient provoquรฉ l’indignation dans le pays.
La question des MGF est au centre d’une affaire devant la Cour suprรชme qui examine une plainte visant ร revenir sur leur interdiction dans ce pays ร majoritรฉ musulmane. La Gambie deviendrait l’un des seuls pays au monde ร prendre cette dรฉcision.
En 2024, le Parlement avait rejetรฉ une proposition de loi prรฉsentรฉe par le dรฉputรฉ Almameh Gibba, qui entendait dรฉpรฉnaliser la pratique, arguant du respect de la tradition. En avril 2025, le dรฉputรฉ et des associations religieuses ont alors dรฉposรฉ une plainte devant la Cour suprรชme.
L’examen par la Cour, qui a dรฉmarrรฉ en dรฉcembre, a รฉtรฉ interrompu, mais devrait reprendre bientรดt.
–ย “Cris” –
C’est ร l’รขge de six ans que Fatou, 30 ans, a รฉtรฉ excisรฉe. Elle s’est retrouvรฉe dans un lieu inconnu en compagnie de “plusieurs vieilles femmes”, celles que l’on appelle les “coupeuses”.
Les yeux bandรฉs, elle n’a pas tout de suite compris ce qu’il se passait, mais pouvait “entendre les cris des autres filles” prises au piรจge dans le mรชme lieu, explique-t-elle depuis sa maison, dans la ville de Brikima, ร 40 km de la capitale Banjul.
Aujourd’hui encore,ย elle “a trรจs mal ร chaque fois” qu’elle a ses rรจgles. “Et quand j’ai des relations intimes avec mon mari, ร un moment donnรฉ, j’ai l’impression qu’on dรฉverse de l’eau brรปlante sur moi…”.
Les victimes de MGF sont pour la plupart des fillettes ou prรฉadolescentes. Outre la douleur, le traumatisme et les consรฉquences sur la sexualitรฉ future des femmes, ces mutilations peuvent provoquer la mort, des infections, saignements et plus tard stรฉrilitรฉ et complications lors de l’accouchement ou aprรจs.
Malgrรฉ l’interdiction en vigueur depuis 2015, moins d’une dizaine de cas ont รฉtรฉ poursuivis devant la justice et les premiรจres condamnations ont รฉtรฉ prononcรฉes seulement en 2023.
Membre du Conseil islamique suprรชme de Gambie qui encadre les questions islamiques, l’imam Kalipha Dampha soutient pour sa part la dรฉpรฉnalisation.
“L’excision fait partie de nos croyances religieuses. L’interdire, cela revient ร entraver notre libertรฉ religieuse”, a-t-il dรฉclarรฉ ย au siรจge de Conseil ร Kanifing, ร l’ouest de Banjul.
“Tout dans l’islam est basรฉ sur la puretรฉ” et cela inclut selon lui “la circoncision, que ce soit pour les hommes ou les femmes”.
De son cรดtรฉ, Oumie Jagne, coordinatrice de programme ร l’ONGย gambienne “Think Young Women”, rรฉplique que les “MGF ne sont pas une exigence, ni un impรฉratif religieux”.
Selon elle, l’une des raisons de la persistance de cette pratique douloureuse est qu’elle est vue comme un rite de passage pour รชtre acceptรฉe dans la communautรฉ. Refuser de s’y soumettre peut entraรฎner des difficultรฉs d’intรฉgration, un isolement social, des pressions.
Mรชme si l’interdiction des MGF est peu appliquรฉe en Gambie, la loi “a permis de crรฉer un prรฉcรฉdentย clair que cette pratique n’est pas acceptable”, estime-t-elle.

– “Traumatisme” –
Jaha Dukureh a endurรฉ nombre de traumatismes ร cause de l’excision. Devenue ambassadrice rรฉgionale d’ONU Femmes pour l’Afrique, elle a fondรฉ l’ONG “Safe Hands for Girls” venant en aide aux victimes de MGF en Afrique et travaille dรฉsormais dans le secteur de la tech aux Etats-Unis.
Alors qu’elle n’รฉtait qu’une enfant dans les annรฉes 1990, elle a vu mourir sa soeur qui n’avait qu’une semaine. Le nourrisson s’est vidรฉ de son sang aprรจs avoir subi une excision.
Puis Jaha Dukureh a รฉtรฉ mariรฉe ร l’รขge de 15 ans, ร un homme beaucoup plus รขgรฉ qu’elle. Issue de la communautรฉ soninkรฉ – qui pratique cette mutilation en raison de valeurs centrรฉes sur la virginitรฉ – elle a subi une “infibulation”, un rรฉtrรฉcissement de l’orifice vaginal par recouvrement, en sectionnant et en repositionnant les petites lรจvres, ou les grandes lรจvres, parfois par suture.
Au moment du mariage, les femmes sont “rรฉouvertes sans anesthรฉsie”, puis on dit ร leurs maris d’avoir un rapport le jour mรชme, pour “ne pas que cela se referme”, dรฉplore Mme Dukureh.
Mariama Fatajo, 28 ans, a elle aussi รฉtรฉ victime d’excision.
La jeune femme dit avoir tellement souffert lors de l’accouchement de ses deux enfants qu’elle a dรฉcidรฉ de ne pas en avoir d’autres, tรฉmoigne-t-elle.
Elle a trรจs peur d’une dรฉpรฉnalisation.
“Ce sera choquant pour nous, les survivantes, mais aussi pour les petites filles que nous essayons de protรฉger”, craint-elle. “Parce les MGF peuvent รชtre un traumatisme dont on souffre toute une vie”.
Humaniterre avec AFP





