Hanoรฏ, Vietnam
Par Tran Thi Minh Ha, Lam Nguyen, Ty McCormick
Accroupie entre des montagnes de plastique, elle arrache minutieusement les รฉtiquettes de bouteilles de Coca-Cola, d’Evian et de thรฉ local afin qu’elles puissent รชtre fondues et transformรฉes en petits granulรฉs rรฉutilisables.
“Ce travail est extrรชmement sale. La pollution environnementale est vraiment trรจs importante”, tรฉmoigne cette femme de 64 ans, qui a demandรฉ ร n’รชtre identifiรฉe que par son prรฉnom. “Il y a des cas de cancer plein le village, des gens qui n’attendent plus que de mourir.”
Situรฉ au sud de Hanoรฏ, la capitale vietnamienne รฉtouffรฉe par le smog, Xa Cau est l’un des centaines de villages dits “artisanaux” qui recyclent une petite partie des 1,8 million de tonnes de dรฉchets plastique gรฉnรฉrรฉes chaque annรฉe au Vietnam.
Le recyclage vaut mieux que les dรฉcharges sauvages, mais les mรฉthodes rudimentaires utilisรฉes localement et le manque de rรจglementation gรฉnรจrent des รฉmissions dangereuses et exposent les ouvriers ร des produits chimiques toxiques, selon les experts.
“Le contrรดle de la pollution de l’air est nul dans ce type d’installations”, pointe Hoang Thanh Vinh, spรฉcialiste du sujet au sein du Programme des Nations unies pour le dรฉveloppement (PNUD).ย “โฏLa maniรจre actuelle de recycler dans les villages n’est absolument pas bonne pour l’environnement.”
– Bouรฉe de sauvetage –
La plupart des dรฉchets vient du Vietnam, dont l’appรฉtit de consommation a explosรฉ avec la rapide croissance รฉconomique du pays, peuplรฉ de 100 millions d’habitants.
Mais une partie vient aussi d’autres pays d’Asie, ainsi que d’Europe et des รtats-Unis, qui en envoient chaque annรฉe des centaines de milliers de tonnes.
“Les dรฉchets nationaux ne suffisent pas. Je dois importer de l’รฉtranger”, confirme Dinh, la voix couverte par le vacarme des lourdes machines de son usine de granulรฉs de polypropylรจne ร Minh Khai, un autre “village de plastique” prรจs de Hanoรฏ.
Le secteur a รฉtรฉ une bouรฉe de sauvetage pour beaucoup de villageois, crรฉant emplois et revenus dans des communautรฉs en difficultรฉ.
“Cette activitรฉ nous permet de nous enrichir”, se fรฉlicite Nguyen Thi Tuyen, 58 ans, qui vit avec son mari dans une maison ร deux รฉtages ร Xa Cau. “Aujourd’hui, toutes les maisons sont en dur, alors que nous n’รฉtions avant qu’un village de paysans.”

– “Forcรฉment des effets” –
Le gouvernement vietnamien a pris des mesures pour limiter les dรฉgรขts environnementaux, en interdisant notamment de brรปler les dรฉchets non recyclables ou en encourageant ร construire des usines plus modernes et plus propres.
Mais les dรฉchets inutilisables continuent d’รชtre brรปlรฉs ou jetรฉs dans des terrains vagues, et les eaux usรฉes non traitรฉes sont souvent dรฉversรฉes directement dans les cours d’eau, relรจve Hoang Thanh Vinh.
D’aprรจs le spรฉcialiste, une analyse de sรฉdiments a rรฉvรฉlรฉ ร Minh Khai “une contamination trรจs รฉlevรฉe au plomb et la prรฉsence de dioxines”, ainsi que de furane : autant de substances associรฉes au cancer.
L’espรฉrance de vie de leurs habitants รฉtait infรฉrieure de 10 ans ร la moyenne nationale en 2008, d’aprรจs le ministรจre de l’Environnement.
Il n’existe pas de donnรฉes sur les taux de cancer dans les villages, et ni les autoritรฉs locales ni le ministรจre de l’Environnement n’ont rรฉpondu aux sollicitations pour un droit de rรฉponse.
Tous les ouvriers interrogรฉs ย ร Xa Cau et Minh Khai ont affirmรฉ avoir des collรจgues ou des proches atteints d’un cancer.
L’exposition prolongรฉe ร cet “environnement toxique” expose inรฉvitablement les habitants ร des “risques sanitaires” รฉlevรฉs, observe Xuan Quach, coordinateur de l’organisation Alliance zรฉro dรฉchet Vietnam.
“Faire ce travail a forcรฉment des effets sur la santรฉ”, estime Dat, 60 ans, qui trie du plastique ร Xa Cau depuis dix ans. “Dans ce village, les cas de cancer ne manquent pas.”
Humaniterre avec AFP






