Akobo, Soudan du Sud



Aprรจs des dรฉcennies de conflit contre le pouvoir de Khartoum, le Soudan du Sud est devenu indรฉpendant en 2011. Mais le jeune pays a rapidement sombrรฉ dans une guerre civile, sur fond de lutte de pouvoir entre le prรฉsident Salva Kiir et son vice-prรฉsident Riek Machar, deux chefs militaires de la lutte d’indรฉpendance.
En 2018, un accord de partage du pouvoir a apportรฉ une paix relative, M. Machar redevenant le vice-prรฉsident de Salva Kiir. Mais les tensions sont rรฉapparues en 2025 et M. Machar est depuis en rรฉsidence surveillรฉe.
L’hรดpital d’Akobo โ un ensemble de bรขtiments dรฉlabrรฉs, la plupart sans portes ni fenรชtres โ ne compte qu’un seul chirurgien, dรฉbordรฉ.
Plus de 40 jeunes hommes รฉtaient soignรฉs pour des blessures par balles lors de la visite de l’AFP.
Dans une salle, une femme รขgรฉe รฉtait allongรฉe, touchรฉe aux deux jambes par des tirs de soldats, selon ses proches qui racontent l’avoir portรฉe pendant des jours avant de trouver une voiture pour les conduire ร lโhรดpital.
Sollicitรฉe par l’AFP, l’armรฉe n’avait pas rรฉagi au moment de la publication.
– “Catastrophe” –







Environ 825.000 enfants risquent une malnutrition aiguรซ dans trois Etats du pays: Jonglei, Unitรฉ et Equatoria-Oriental.
Akeer Amou, 33 ans, a fui le Jonglei pour un camp informel sur les rives du Nil Blanc, oรน elle a donnรฉ naissance ร son cinquiรจme enfant.
L’endroit, qui ne figure sur aucune carte, n’est connu que sous le nom de Yolakot qui signifie “riviรจre”. Des centaines de femmes et dโenfants y survivent dรฉsormais ร lโombre des arbres.
Mme Amou ne sait pas pourquoi le conflit a รฉclatรฉ. Mais son fils, qu’elle a appelรฉ Riak – ce qui signifie “catastrophe” – en subira les consรฉquences.
“Le lait maternel vient quand on a de quoi manger, mais maintenant il n’y a rien”, s’inquiรจte-t-elle en le berรงant doucement.
Les mรจres passent leurs journรฉes ร glaner des fruits, des noix et des graines de nรฉnuphar, tandis que les enfants barbotent dans les eaux troubles du fleuve.
La plupart sont affamรฉs.
Un responsable local a indiquรฉ ร lโAFP qu’environ 6.700 personnes attendaient de la nourriture, sans aucune aide en vue.
– Rupture de stocks –

A Bor, capitale de Jonglei, les mรฉdecins tentent de rรฉpondre ร l’afflux de dรฉplacรฉs avec des stocks qui sโรฉpuisent rapidement.
David Tor, directeur par intรฉrim de l’hรดpital de la ville, a prรฉsentรฉ ร l’AFP une mรจre contrainte d’accoucher dans des marรฉcages voisins.ย Il a rรฉussi ร faire baisser la fiรจvre du nouveau-nรฉ, une rare bonne nouvelle.
La mรจre a fui Fangak, une ville du nord du pays oรน, en mai dernier, le seul รฉtablissement de santรฉ pour plus de 100.000 personnes โ gรฉrรฉ par lโONG Mรฉdecins sans frontiรจres (MSF) โ a รฉtรฉ la cible d’une attaque d’hรฉlicoptรจres et de drones, qui a dรฉtruit sa pharmacie et ses stocks de mรฉdicaments.
Face aux arrivรฉes de nombreuses personnes ayant besoin de soins urgents, M. Tor se dรฉsole d’รชtre “presque ร court de tout” et craint de voir des patients mourir.
La ministre de l’Information de l’Etat, Nyamar Lony Thichot Ngundeng, a affirmรฉ ย que l’hรดpital recevait des approvisionnements suffisants.


– Piรฉgรฉs –
Le Soudan du Sud est classรฉ pays le plus corrompu au monde par Transparency International.
Des milliards de dollars de revenus pรฉtroliers ont รฉtรฉ dรฉtournรฉs par l’รฉlite au pouvoir, selon lโONU, et le pays dรฉpend ร 80-90% de bailleurs internationaux pour ses besoins de santรฉ.
En outre, la reprise des combats est en train de crรฉer une nouvelle gรฉnรฉration sans perspectives de vie meilleure. Selon la Banque mondiale, 70% des enfants ne sont pas scolarisรฉs.
Dans un camp de dรฉplacรฉs au sud de Bor, oรน quelque 35.000 personnes sont arrivรฉes rรฉcemment, des mรจres faisaient la queue pour inscrire leurs enfants ร un programme dโรฉducation d’urgence et de soutien psychosocial qui accueille dรฉjร prรจs de 2.000 รฉlรจves.
La vie de Nyanhiar Malneth, 28 ans, a รฉtรฉ ponctuรฉe de guerres et d’annรฉes passรฉes dans des camps de dรฉplacรฉs avec ses cinq enfants. “Je veux qu’ils aillent ร lโรฉcole”, dit cette femme dont la scolaritรฉ s’est arrรชtรฉe quand elle avait huit ans.
Mais d’autres prรฉoccupations sont plus urgentes: “Nous avons besoin de quelque chose ร manger.”
Humaniterre avec AFP





