Mandera, Kenya
Le seul taureau de Tawakal encore en vie n’arrive plus ร se lever et gรฎt au mรชme endroit depuis prรจs d’une semaine. Ses os saillent sous sa peau. Son propriรฉtaire le regarde, impuissant.
“Il n’y a plus d’eau”, “nous n’avons plus de nourriture”, se lamente Bishar Maalim Mohammed. “Nous sommes en danger.”
Dans la grande ville voisine de Banisa, le grand bassin de rรฉtention d’eau s’est assรฉchรฉ, laissant place ร une vaste รฉtendue stรฉrile dรฉsormais utilisรฉe par les enfants comme terrain de jeu.
Abdirizak Gabow, 63 ans, rassemble les carcasses de chรจvres dans la brousse environnante afin de les brรปler plus tard ร des fins d’assainissement dans le village de Hawara, prรจs de la ville de Rhamu, le 21 janvier 2026. Dans le nord-est du Kenya, frappรฉ par la sรฉcheresse, les villageois ont รฉtรฉ contraints de traรฎner leur bรฉtail mort dans des champs รฉloignรฉs pour le brรปler afin d’รฉloigner de leurs maisons l’odeur de la mort et les hyรจnes charognardes.
Le comtรฉ de Mandera, situรฉ le long des frontiรจres du Kenya avec l’รthiopie et la Somalie, n’a pas vu de pluie depuis mai et est dรฉsormais au bord d’une vรฉritable crise hydrique. (Photo de Tony KARUMBA / AFP)
Vue gรฉnรฉrale d’un bassin d’eau en train de s’assรฉcher, seule source d’eau restante pour les habitants et leur bรฉtail du village de Lulis, prรจs de Banissa, le 20 janvier 2026. Dans le nord-est du Kenya, frappรฉ par la sรฉcheresse, les villageois ont รฉtรฉ contraints de traรฎner leur bรฉtail mort vers des champs รฉloignรฉs pour le brรปler afin d’รฉloigner de leurs maisons l’odeur de la mort et les hyรจnes charognardes.
Le comtรฉ de Mandera, situรฉ le long des frontiรจres du Kenya avec l’รthiopie et la Somalie, n’a pas vu de pluie depuis mai et est dรฉsormais au bord d’une crise hydrique majeure. (Photo de Tony KARUMBA / AFP)
Des villageois viennent chercher de l’eau dans des jerrycans ร un point de distribution d’eau d’urgence gรฉrรฉ par la Croix-Rouge kenyane dans le village d’Hawara, prรจs de la ville de Rhamu, le 21 janvier 2026. Dans le nord-est du Kenya, frappรฉ par la sรฉcheresse, les villageois ont รฉtรฉ contraints de traรฎner leurs animaux morts dans des champs รฉloignรฉs pour les brรปler afin d’รฉloigner de leurs maisons l’odeur de la mort et les hyรจnes charognardes.
Le comtรฉ de Mandera, situรฉ le long des frontiรจres du Kenya avec l’รthiopie et la Somalie, n’a pas vu de pluie depuis mai et est dรฉsormais au bord d’une crise hydrique majeure. (Photo de Tony KARUMBA / AFP)
– Rationnement –
Des รขnes se rassemblent pour boire l’eau d’un petit seau provenant d’un camion de secours qui distribue de l’aide hydrique aux villageois et ร leur bรฉtail ร Banissa, le 19 janvier 2026. Dans le nord-est du Kenya, frappรฉ par la sรฉcheresse, les villageois ont รฉtรฉ contraints de traรฎner leur bรฉtail mort vers des champs รฉloignรฉs pour le brรปler afin d’รฉloigner de leurs maisons l’odeur de la mort et les hyรจnes charognardes.Le comtรฉ de Mandera, situรฉ le long des frontiรจres du Kenya avec l’รthiopie et la Somalie, n’a pas vu de pluie depuis mai et est dรฉsormais au bord d’une vรฉritable crise hydrique. (Photo de Tony KARUMBA / AFP)
Un jeune homme puise de l’eau dans des jerrycans ร usage domestique dans un bassin qui s’assรจche rapidement, seule source d’eau restante pour le bรฉtail de la communautรฉ, dans le village de Lulis prรจs de Banissa, le 20 janvier 2026. Dans le nord-est du Kenya, frappรฉ par la sรฉcheresse, les villageois ont รฉtรฉ contraints de traรฎner leur bรฉtail mort dans des champs รฉloignรฉs pour le brรปler afin d’รฉloigner de leurs maisons l’odeur de la mort et les hyรจnes charognardes. (Photo de Tony KARUMBA / AFP)
Une jeune fille boit l’eau qui s’รฉcoule d’un tuyau perforรฉ utilisรฉ par l’รฉquipe d’un camion-citerne qui distribue de l’eau aux villageois et ร leur bรฉtail, dans le village de Hawara, prรจs de Rhamu, le 21 janvier 2026. Dans le nord-est du Kenya, frappรฉ par la sรฉcheresse, les villageois ont รฉtรฉ contraints de traรฎner leur bรฉtail mort dans des champs รฉloignรฉs pour le brรปler afin d’รฉloigner de leurs maisons l’odeur de la mort et les hyรจnes charognardes.
(Photo de Tony KARUMBA / AFP)
Un groupe de carcasses de chรจvres gรฎt au bord de la route dans le village de Jabi-bar, prรจs de la ville de Rhamu, le 21 janvier 2026. Dans le nord-est du Kenya, frappรฉ par la sรฉcheresse, les villageois ont รฉtรฉ contraints de traรฎner leurs animaux morts dans des champs รฉloignรฉs pour les brรปler afin d’รฉloigner de leurs maisons l’odeur de la mort et les hyรจnes charognardes.(Photo de Tony KARUMBA / AFP)

La ville dรฉpend dรฉsormais d’un bassin plus petit, dans le village de Lulis, mais son niveau baisse dangereusement.
Des troupeaux de chรจvres, de vaches et de chameaux โ dont certains ont parcouru jusqu’ร 30 kilomรจtres โ se bousculent pour accรฉder ร l’eau qui reste, que les autoritรฉs rationnent afin de prolonger les rรฉserves.
“Dans deux semaines, cette eau sera finie”, observe Aden Hussein, un habitant de Lulis. “Nous sommes dans une trรจs mauvaise situation”, s’effraie l’homme de 40 ans.
Plus de 2 millions de Kรฉnyans (sur environ 53 millions) sont confrontรฉs ร une insรฉcuritรฉ alimentaire croissante aprรจs les dรฉficits de pluviomรฉtrie entre octobre et dรฉcembre, estime l’Autoritรฉ nationale de gestion de la sรฉcheresse (NDMA).
Selon la Famine early warning systems network (FEWS Net), une organisation de surveillance de la sรฉcuritรฉ alimentaire, entre 20 et 25 โฏmillions de personnes ont besoin dโune aide alimentaire humanitaire entre Kenya, Somalie et รthiopie, plus de la moitiรฉ d’entre elles du fait de la sรฉcheresse.
Face ร cette situation, les hรดpitaux du comtรฉ de Mandera sont dรฉbordรฉs. Dans celui de Banisa, l’afflux d’enfants gravement malnutris, dont certains viennent d’Ethiopie, a saturรฉ le service pรฉdiatrique.
Lors d’une rรฉcente visite , huit enfants admis souffraient de malnutrition sรฉvรจre. Une fillette de 32 โฏmois ne pesait que 4,5โฏ kg. Un autre enfant venait d’รชtre rรฉadmis aprรจs รชtre retournรฉ chez ses parents, oรน il n’y avait pas de nourriture.
“Les cas de malnutrition augmentent” car les enfants dรฉpendaient “uniquement du lait de chรจvre et de chameau, mais il n’y en a plus du tout”, constate Khalid Ahmed Wethow, nutritionniste hospitalier ร Banisa.
L’hรดpital ne dispose plus que de huit boรฎtes de lait thรฉrapeutique pour son unitรฉ pรฉdiatrique. De quoi tenir ร peine une semaine.
– “Que Dieu les sauve!

Le service dรฉpendait jusqu’ร rรฉcemment du Programme alimentaire mondial (PAM) pour les supplรฉments alimentaires destinรฉs aux nourrissons et aux mรจres allaitantes. Mais les coupes claires ces derniers mois dans l’aide internationale – notamment des Etats-Unis et de l’UE – a contraint l’agence onusienne ร rรฉduire ses aides. L’hรดpital n’a rien reรงu depuis six mois.
Si la sรฉcheresse persiste, “nos enfants seront les prochains ร mourir”, craint Bishar Mohamed, qui n’a rien ร voir avec son homonyme prรฉcรฉdemment mentionnรฉ.
Celui-ci, qui a perdu 170 chรจvres, a tentรฉ de “fuir ร la recherche d’endroits meilleurs, mais sans succรจs”. “Nous avons soif”, soupire-t-il, avant de dรฉsigner le champ oรน gisent les carcasses de ses animaux.
Dans le village proche de Jabi Bar, plus de la moitiรฉ des รฉlรจves sont partis, la plupart avec leurs parents, et aujourd’hui, “il n’en reste que 99”, souligne le directeur de l’รฉcole, Ali Haji โฏShabure.
Le gouvernement kรฉnyan et des organisations humanitaires comme la Croix-Rouge ont intensifiรฉ les distributions d’eau par camion, d’aide alimentaire et de transferts en espรจces pour soulager les populations, mais les besoins restent immenses.
Bishara Maalim attend avec apprรฉhension la prochaine saison des pluies, prรฉvue en avril. Elle prie pour ses dix enfants: “Que Dieu les sauve.”
Humaniterre avec AFP






