Baringo, Kenya
Par Mary Kulundu
Selon l’administration locale de gestion des catastrophes, des dizaines de milliers d’habitants des rives ont dรฉjร dรป รชtre relogรฉs ร proximitรฉ. Mais certains disent que le lac continue de les suivre.
Prรจs d’une maison au seuil lรฉchรฉ par l’eau, trois autres crocodiles se prรฉlassent.



En 2011, annรฉe de la premiรจre crue significative du lac, un hippopotame a attaquรฉ et tuรฉ le mari de Mary Milka Tiren, qui rentrait de l’hรดtel oรน il travaillait, dรฉsormais รฉgalement sous l’eau.
Dix ans plus tard, un crocodile a attaquรฉ son fils de neuf ans qui, aprรจs trois mois d’hรดpital, a gardรฉ plusieurs cicatrices.
Le saurien “cherchait ร lui arracher le bras” mais l’enfant a pu รชtre secouru, raconte sa mรจre.
“Il y a eu une hausse des attaques de crocodiles, non parce qu’il y a plus de crocodiles, mais parce que le lac est dรฉsormais proche des maisons”, explique ย Jackson Komen, directeur du Service kรฉnyan de protection de la vie sauvage (KWS) pour l’aire protรฉgรฉe du lac Baringo. “Il y a aussi des attaques d’hippopotames, car quand le lac s’est รฉtendu, l’รฉcosystรจme voisin” oรน ces mammifรจres venaient brouter “a disparu”.
– “Dรฉsastre รฉcologique” –
L’analyse ย d’images satellites montre que la surface du lac Baringo a crรป de 70% depuis 2010, passant de 138 ร 234 km2 en 2026. Dans le mรชme temps, le lac Bogoria voisin s’est รฉtendu de 21%, passant de 34 ร 41 km2.
A peine 10 km sรฉparent dรฉsormais les rives de deux lacs. Et les scientifiques craignent dรฉsormais un “dรฉsastre รฉcologique” si elles se rejoignent et que se mรฉlangent l’eau douce de Baringo et celle hautement saline et alcaline de Bogoria.
Jackson Komen craint un “changement complet” et imprรฉvisible des รฉcosystรจmes. “Si les deux lacs se mรฉlangent, poissons, crocodiles et hippopotames pourraient ne pas survivre”, ajoute-t-il, prรฉvoyant “un dรฉsastre รฉcologique que nous ne savons pas gรฉrer”.
“Je ne sais pas si l’รชtre humain sera capable de continuer ร vivre ici”, souligne-t-il, Baringo fournissant eau potable et d’irrigation, et alimentant un prospรจre secteur de la pรชche.
Certains experts estiment que le “dรฉbordement est dรฉjร en cours” entre les deux lacs.
“Les donnรฉes altimรฉtriques satellitaires montrent que le niveau de Bogoria est suffisamment haut pour qu’il verse dans Baringo”, indique Mathew Herrnegger, chercheur ร l’Institut d’hydrologie et de gestion de l’eau ร l’Universitรฉ des ressources naturelles et sciences de la vie de Vienne (Autriche), ajoutant que la quantitรฉ d’eau amenรฉe ร se dรฉverser et son potentiel impact restent incertains.





– “Dรฉsarmรฉs” –
La crue des deux lacs a รฉgalement sรฉvรจrement touchรฉ le secteur du tourisme. Environ “80% des rรฉserves naturelles communautaires ont disparu” sous les eaux, note Jackson Komen, obligeant ร transfรฉrer ailleurs girafes, autruches, phacochรจres et impalas.
Des journalistes ont vu quatre complexes hรดteliers รฉmergeant dรฉsormais ร peine du lac Baringo. Un autre, vide, est abandonnรฉ sur une รฎle.
La crue de Bogoria a chassรฉ une partie des millions de flamands roses ayant fait sa renommรฉe et englouti ses cรฉlรจbres geysers d’eau chaude.
Les recettes touristiques annuelles ont รฉtรฉ divisรฉes par cinq et ne reprรฉsentent dรฉsormais plus qu’environ 200.000 euros, selon Michael Baimet, directeur des services locaux de gestion des catastrophes. Sur internet, les visiteurs se plaignent du faible nombre de flamands roses ร Bogoria et des routes infranchissables car inondรฉes.
Douze รฉcoles des rives de Baringo et Bogoria sont partiellement ou totalement submergรฉes, selon des chiffres officiels.
Sur l’รฎle de Kokwa, au milieu de Baringo, l’eau a submergรฉ la clรดture sรฉparant le lac du dortoir des filles de l’รฉcole primaire.
“C’est risquรฉ pour les pensionnaires, les hippopotames et crocodiles errant dans l’รฉcole la nuit”, explique un responsable de l’รฉtablissement ayant requis l’anonymat. “Nous avons dรป embaucher deux gardes de sรฉcuritรฉ”.
L’รฉcole craint que les fortes pluies attendues avec le phรฉnomรจne mรฉtรฉorologique El Niรฑo en octobre n’engloutissent le dortoir.
Les habitants de l’รฎle savent qu’un dรฉmรฉnagement est inรฉluctable, mais retardent l’รฉchรฉance en raison de son coรปt.
Autour de sa parcelle d’autrefois un hectare, Faith Mpayei a dรฉjร dรฉplacรฉ deux fois sa clรดture depuis 2016. Mais celle-ci est ร nouveau submergรฉe et l’eau continue d’avancer vers sa maison.
“On est impuissants”, constate cette mรจre de cinq enfants. “Je dois dรฉmรฉnager (…) il n’y a plus rien ร faire ici”.
Humanitaire avec AFP






