Vendredi 14 mars 2025
Rubaya,ย RD Congo
Derriรจre les puits de mine, des terres agricoles s’รฉtendent ร perte de vue: dans l’est de la Rรฉpublique dรฉmocratique du Congo (RDC) le M23 s’est emparรฉ de vastes territoires riches et fertiles, dont il a commencรฉ ร tirer profit pour financer son effort de guerre.
Depuis 2021, le M23, mouvement politico-militaire soutenu par le Rwanda, a repris les armes contre le gouvernement de Kinshasa, gagnant du terrain dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, deux provinces frontaliรจres du Rwanda, dont il s’est emparรฉ depuis fin janvier des deux chefs-lieux, Goma et Bukavu.
Dans les zones passรฉes sous son contrรดle, le groupe armรฉ a installรฉ sa propre administration et collecte des taxes.
Le joyau de la couronne est la mine de Rubaya, dans le Nord-Kivu, la plus grande mine de coltan de RDC, sous contrรดle du M23 depuis avril 2024.
Prรจs d’un an plus tard, Bahati Eraston, le nouveau gouverneur du Nord-Kivu, nommรฉ par le M23, y a fait sa premiรจre visite mercredi.
Les puits de mines qui rongent les pentes de la montagne sont dรฉserts. Et la prรฉsence des creuseurs au meeting organisรฉ par le M23 vivement conseillรฉe.
Aprรจs avoir appelรฉ la population au calme, le M23 entame une campagne de recrutement dans son “armรฉe rรฉvolutionnaire”, destinรฉe selon le groupe armรฉ ร renverser le rรฉgime de Kinhsasa, capitale de la RDC situรฉe ร quelque 1.500 km de lร ร vol d’oiseau.
“Oรน sont les jeunes ? Qu’ils viennent nous rejoindre”, lance le gouverneur Bahati Eraston au micro.
Quelques dizaines de jeunes hommes et femmes fendent la foule pour s’enregistrer, sous les acclamations de l’assistance, dont la sincรฉritรฉ de l’adhรฉsion est difficile ร รฉvaluer.
“Mon mรฉtier ne me permet plus de subvenir ร mes besoins, j’ai donc dรฉcidรฉ de rejoindre le M23 pour dรฉfendre mon pays”, assure Dieu Merci Bahati, un creuseur artisanal.
Des reprรฉsentants des autoritรฉs locales et des commerรงants de la zone sont venus exprimer leur sympathie aux nouveaux maรฎtres.
Le M23 a mis en place ร Rubaya “une administration semblable ร celle d’un Etat”, en crรฉant notamment un “ministรจre chargรฉ de l’exploitation des minรฉraux” qui dรฉlivre “des permis aux creuseurs et aux opรฉrateurs รฉconomique”, affirment les experts de l’ONU.


“Guerre fonciรจre” –
Ravagรฉ par les conflits depuis 30 ans, l’est de la RDC dรฉtiendrait entre 60% et 80% des rรฉserves mondiales de coltan, minerai dont est issu le tantale, essentiel ร la fabrication des รฉquipements รฉlectroniques modernes.
Les experts de l’ONU estiment que les gisements de Rubaya rapportent environ 800.000 dollars par mois au M23, grรขce ร une taxe de sept dollars par kilo, prรฉlevรฉe sur la production et le commerce du coltan.
Ces sommes ne reprรฉsentent qu’une fraction des revenus issus de la taxation du commerce par le mouvement.
Avec la prise rรฉcentes de Goma et Bukavu, le groupe armรฉ contrรดle tous les axes commerciaux menant ร la frontiรจre rwandaise.
Selon des opรฉrateurs รฉconomiques et des sources sรฉcuritaires, le M23 perรงoit des taxes de plusieurs milliers de dollars par camion aux postes-frontiรจres de Goma.
L’est de la RDC dรฉpend largement des importations de produits manufacturรฉs venus du Rwanda, mais exporte รฉgalement sa production agricole dans toute la rรฉgion des Grands Lacs.
Des sources proches du pouvoir congolais accusent le Rwanda de mener une guerre “fonciรจre”, sur fond d’anciennes tensions communautaires hรฉritรฉes de la colonisation pour le contrรดle des terres agricoles, particuliรจrement fertiles, de la rรฉgion.
Le M23 assure avoir mis fin aux multiples taxes imposรฉes par les groupes armรฉs pro-Kinshasa aux cultivateurs comme aux transporteurs, qui freinaient le dรฉveloppement รฉconomique de la zone.
Les acteurs รฉconomiques comme les creuseurs de Rubaya saluent en tout cas le retour d’une relative sรฉcuritรฉ propice aux affaires.
Les miliciens pro-Kinshasa “nous ravissaient de l’argent, des tรฉlรฉphone, mais depuis que le M23 est arrivรฉ je n’ai jamais รฉtรฉ victime d’une attaque”, affirme Grรขce Mugisha, un creuseur de Rubaya.
Mais cette sรฉcuritรฉ s’accompagne de contraintes nouvelles. Dans toutes les zones sous son contrรดle, le M23 a imposรฉ le “salongo”, un travail communautaire non rรฉmunรฉrรฉ auquel tous les habitants sont obligรฉs de participer une fois par semaine.
Pour Germain Nkinzo, cadre du M23 ร Minova, port commercial du Sud-Kivu, sur la rive du lac Kivu, il s’agit d’insuffler une “discipline” et de “changer les mentalitรฉs” afin d’accรฉlรฉrer le dรฉveloppement รฉconomique et social.
“Le dรฉveloppement doit รชtre le fruit de la volontรฉ de chacun, pas un travail forcรฉ”, estime toutefois un habitant, encore la pelle ร la main, de retour d’une matinรฉe de travail communautaire.
Humaniterre avec AFP