17 novembre 2024
Bakou, Azerbaรฏdjan
Participer ร la COP, oรน la politique prend souvent le pas sur la science, peut รชtre dรฉcourageant, estime Joyce Kimutai, experte du rรฉchauffement climatique dans un pays africain sujet aux catastrophes.
โSi le monde รฉcoutait les scientifiques, peut-รชtre que nous ne ferions pas ces COPโ, souffle ร lโAFP cette climatologue kรฉnyane de 36 ans, en marge de la confรฉrence climatique qui a lieu cette annรฉe en Azerbaรฏdjan.
โNotre action est trรจs lente. Nous avons peur de prendre des mesures audacieuses. Et je ne comprends pas pourquoiโ, confie-t-elle.
Alors que la confรฉrence sโapprรชte ร entrer dans sa seconde semaine, les pays rรฉunis ne semblent pas plus prรจs de consentir ร augmenter lโaide financiรจre indispensable aux pays vulnรฉrables au changement climatique en Afrique, en Asie ou en Amรฉrique latine.
Sans cet argent, les pays en dรฉveloppement affirment quโil leur sera difficile de passer aux รฉnergies renouvelables et sโadapter ร des chocs climatiques plus frรฉquents.
Les pourparlers tournent en rond, mettant ร lโรฉpreuve ceux dont les communautรฉs sont ร la merci de conditions mรฉtรฉorologiques de plus en plus alรฉatoires et extrรชmes.
โCโest vraiment frustrantโ, tรฉmoigne Mme Kimutai, une des autrices principales du Giec, le groupe dโexperts de lโONU sur le climat.
โJโessaie de rester optimiste, mais honnรชtement, il y a des jours oรน je me rรฉveille en รฉtant trรจs pessimiste, devant la souffrance de ces communautรฉs vulnรฉrablesโ.
โ Le front du climat โ
Joyce Kimutai comprend le coรปt de lโinaction climatique mieux que personne dans les salles de nรฉgociations de la COP29: elle est spรฉcialiste de lโattribution des รฉvรฉnements mรฉtรฉo extrรชmes au rรฉchauffement causรฉ par les humains, et collabore avec un rรฉseau mondial de scientifiques reconnus dans cette discipline en pleine croissance.
โMais je prรฉfรจre travailler sur le continent africain, car cโest lร que je sens que mon expertise est requiseโ, dit Mme Kimutai, qui vit ร Nairobi.
Lร , la climatologue nโรฉchappe pas aux phรฉnomรจnes quโelle รฉtudie. Cette annรฉe, aprรจs avoir subi sa pire sรฉcheresse depuis des dรฉcennies, le Kenya a endurรฉ averses et inondations qui ont tuรฉ des centaines de personnes et dรฉtruit routes et maisons.
Elle raconte que cโest lโรฉtude de la vallรฉe du Rift, en cours de gรฉographie au lycรฉe, qui a รฉveillรฉ sa passion pour la science. Les glissements de terrain y devenaient dรฉjร de plus en plus frรฉquents, ainsi que les saisons alรฉatoires, lโherbe et lโeau de plus en plus rares pour le bรฉtail.
Le changement climatique impose un coรปt โterribleโ au Kenya, dรฉplore t-elle, tout comme ailleurs en Afrique ou dans dโautres rรฉgions en dรฉveloppement.
โIls ne sont pas prรชts pour ces รฉvรฉnementsโ, craint Mme Kimutai.
Mรชme les pays riches ne seront pas โรฉpargnรฉsโ, pense-t-elle, soulignant les rรฉcentes inondations meurtriรจres en Espagne.
โ โHumiliantโ โ
A la COP29, Mme Kimutai conseille le gouvernement kรฉnyan dans le bras de fer financier avec les pays riches, rรฉticents ร accroรฎtre fortement leurs contributions.
Pour Mme Kimutai, le Kenya โporte le continentโ africain, en รฉtant ร la tรชte actuellement du groupe de nรฉgociateurs africains, formellement reconnu dans le processus onusien.
โSi vous faites face ร trois ou quatre catastrophes par an, vous devez aller chercher des bailleurs quatre fois, qui rรฉclament de lโargent. Et cela signifie que vous vous retrouvez constamment endettรฉโ, souligne la chercheuse.
รtre obligรฉe de marchander pour rรฉparer un problรจme causรฉ par dโautres est โhumiliantโ, fustige-t-elle, dโautant plus quand le temps est comptรฉ.
Humaniterre avec AFP