Nairobi, Kenya
Samedi 30 aoรปt 2025
Depuis 31 ans qu’elle vit ร Kibera, le plus grand bidonville du Kenya, l’accรจs ร l’eau et l’assainissement restent rares et chers pour elle comme pour la plupart des habitants.
De petits groupes informels contrรดlant l’accรจs au prรฉcieux liquide imposent souvent des prix inabordables.
L’ONG Human Needs Project (HNP, projet pour les besoins humains), cherche depuis une dizaine d’annรฉes ร attรฉnuer cette prรฉcaritรฉ.
Les rรฉsidents peuvent รฉchanger des plastiques qu’ils ont rรฉcupรฉrรฉs contre des “points verts”. Ces crรฉdits leurs permettent ensuite d’utiliser des toilettes, des douches, un service de blanchisserie ou d’obtenir des repas.
“Avec mes points verts, je peux maintenant accรฉder ร des toilettes et une salle de bain confortables et propres ร tout moment de la journรฉe”, se rรฉjouit Molly Aluoch.
L’octogรฉnaire dรฉpensait auparavant 10 shillings (7 centimes d’euros) ร chaque fois qu’elle devait se soulager ou se doucher.
Un budget important par rapport aux 200 ร 400 shillings (1,3 ร 2,6 euros) que gagnent quotidiennement nombre d’habitants de Kibera, qui doivent avec si peu d’argent รฉgalement se loger, se nourrir, se vรชtir, payer l’รฉducation de leurs enfants…
“Cela signifiait que sans argent, je ne pouvais pas utiliser de toilettes”, se souvient la vieille dame, qui emploie dรฉsormais les fonds รฉconomisรฉs pour donner ร manger ร ses trois petits-enfants.
Molly Aluoch, une accoucheuse traditionnelle, fait partie d’un groupe d’environ 100 femmes qui collectent des plastiques en รฉchange de “points verts”.
Elle les apporte ร un centre HNP, situรฉ ร environ 200 mรจtres de chez elle. Un kilo de plastiques lui procure 15 points verts, รฉquivalant ร 15 shillings.
Depuis 2015, le projet a distribuรฉ plus de 50 millions de litres d’eau et permis plus d’un million d’utilisations de toilettes et de douches.



Un habitant utilise les crรฉdits numรฉriques obtenus en apportant des dรฉchets plastiques ร un point de collecte du Human Needs Project (HNP) pour payer des services de laverie automatique dans le bidonville de Kibera, ร Nairobi, le 11 aoรปt 2025.ย (Photo de Tony KARUMBA / AFP)
– “Plusieurs jours sans eau” –
Un grand pas en avant pour ses bรฉnรฉficiaires tant l’eau est une ressource prรฉcieuse ร Kibera: il est ainsi frรฉquent que des vendeurs crรฉent des pรฉnuries artificielles pour augmenter les prix, ruinant les habitants impรฉcunieux.
Alors que le service des eaux de Nairobi facture entre 0,5 et 0,7 euro le mรจtre cube pour les foyers connectรฉs, les habitants de Kibera doivent dans les pires moments dรฉbourser jusqu’ร 17 dollars pour la mรชme quantitรฉ.
“Nous pouvions passer plusieurs jours sans eau”, soupire Magret John, 50 ans, mรจre de trois enfants, dont la vie s’est grandement amรฉliorรฉe.
“Le point d’eau est ร ma porte. L’approvisionnement est constant et l’eau est propre. Tout ce que je dois faire, c’est collecter des plastiques, obtenir des points, les รฉchanger et obtenir de l’eau”, souligne-t-elle.
Le projet bรฉnรฉficie particuliรจrement aux femmes et aux filles en leur garantissant “des services sanitaires adรฉquats” pendant qu’elles ont leur rรจgles, souligne John, qui vit depuis neuf ans ร Kibera
Avec 10 points d’eau rรฉpartis ร travers le bidonville, HNP dit protรฉger les rรฉsidents des prix abusifs des vendeurs informels tout en s’attaquant au problรจme croissant des dรฉchets ร Kibera.
“Quand les gens ne peuvent pas accรฉder ร des toilettes et des salles de bain dignes, c’est l’environnement qui en pรขtit”, observe le directeur des partenariats stratรฉgiques du HNP, Peter Muthaura.



Au premier trimestre 2025, les habitants de Kibera ont ainsi rรฉcoltรฉ deux tonnes de plastiques recyclables, souligne HNP.
Pour Molly Aluoch, chaque sac de plastiques et chaque point vert gagnรฉ vont au-delร du seul accรจs ร l’eau.
“Ma priรจre est que ce projet s’รฉtende ร chaque coin de Kibera”, lance-t-elle, afin qu’il “atteigne des milliers de femmes dont la dignitรฉ a รฉtรฉ volรฉe par l’absence de services sanitaires”.
Humaniterre avec AFP