Mardi 04 mars 2025
Rome,ย Italie
Quatre mois aprรจs un รฉchec retentissant en Colombie, le monde a รฉvitรฉ un nouveau fiasco pour le multilatรฉralisme environnemental en adoptant jeudi 27 fevrier soir ร Rome un compromis de derniรจre minute sur le financement de la sauvegarde de la nature.
Au troisiรจme et dernier jour des prolongations de la COP16 des Nations unies sur la biodiversitรฉ, pays riches et monde en dรฉveloppement se sont rรฉsignรฉs ร des concessions mutuelles pourย adopter un plan de travail sur cinq ans, censรฉ dรฉbloquer les milliards nรฉcessaires pour stopper la destruction de la nature et mieux distribuer l’argent aux pays en dรฉveloppement.
– Longs applaudissements –
De longs applaudissements des dรฉlรฉguรฉs de quelque 150 pays, soulagรฉs et รฉpuisรฉs, ont accueilli le coup de marteau de Susana Muhamad, la ministre colombienne de l’Environnement, qui a prรฉsidรฉ cette tortueuse 16e confรฉrence de la Convention sur la diversitรฉ biologique (CBD).
“Nous avons accompli l’adoption du premier plan mondial pour financer la conservation de la vie sur Terre”, a-t-elle dรฉclarรฉ triomphalement sur X.
“Nous croyons au multilatรฉralisme”, “nous l’avons montrรฉ par beaucoup de sacrifices” en “pensant aux gรฉnรฉrations futures”, a abondรฉ Ousseynou Kassรฉ, nรฉgociateur en chef du Sรฉnรฉgal, au nom du groupe Afrique.
Cet accord permet, selon Susana Muhamad, “d’รฉcraser un peu le fantรดme de Cali”: la plus grande COP sur la biodiversitรฉ, avec 23.000 participants au bord de la jungle colombienne, s’รฉtait terminรฉe sans accord financier le 2 novembre, aprรจs une nuit blanche de disputes.
Ce succรจs, arrachรฉ de haute lutte au siรจge romain de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), offre un rรฉpit ร la coopรฉration internationale sur l’environnement, mise ร mal par l’enlisement des nรฉgociations sur la pollution plastique, l’รฉchec de celles sur la dรฉsertification ou les tensions Nord-Sud sur la finance climatique.
Le contexte des nรฉgociations รฉtait aussi alourdi par les tensions douaniรจres, les crises budgรฉtaires de pays donateurs comme la France et l’Allemagne, le poids de la dette des pays pauvres et le gel de l’aide amรฉricaine au dรฉveloppement parย lโadministration amรฉricaine.
– Vรฉrifier les efforts –
Riches nations et pays en dรฉveloppement se sont dรฉjร mis d’accord sur l’urgence de remรฉdier ร la dรฉforestation, la surexploitation des ressources et les pollutions qui mettent en pรฉril l’alimentation, la santรฉ, la rรฉgulation du climat, et menacent d’extinction un million d’espรจces.
Par l’accord de Kunming-Montrรฉal de 2022, ils se sont engagรฉs ร stopper la destruction de la nature d’ici 2030, en remplissant 23 objectifs ambitieux. Le plus emblรฉmatique vise ร placer 30% des terres et mers dans des aires protรฉgรฉes (contre respectivement 17% et 8% actuellement, selon l’ONU).
Jeudi, les pays ont aussi adoptรฉ des rรจgles et indicateurs fiables, censรฉs vรฉrifier d’ici la COP17, prรฉvue en 2026 en Armรฉnie, si les pays consentent les efforts prรฉvus. “Nous avons donnรฉ des bras, des jambes et des muscles” ร cette feuille de route, s’est fรฉlicitรฉe Susana Muhamad.
Rester ร financer la tรขche: l’objectif est de porter ร 200 milliards de dollars par an d’ici 2030 les dรฉpenses mondiales de protection de la nature, dont 30 milliards fournis par les nations dรฉveloppรฉes aux pays pauvres (contre environ 15 milliards en 2022).
Or la maniรจre de lever ces milliards, puis de les distribuer, divise.
L’accord de la COP16 renvoie ร celle de 2028 le soin de dรฉcider s’il faut crรฉer un nouveau fonds placรฉ sous l’autoritรฉ de la CBD, comme le rรฉclament avec force les pays africains. Ou si les instruments existants, comme le Fonds mondial pour l’Environnement (GEF en anglais), peuvent รชtre rรฉformรฉs pour รชtre plus accessibles et รฉquitables pour les pays en dรฉveloppement.
L’accord est “historique”, pavant le chemin vers le mรฉcanisme financier que nous attendons depuis plus de 30 ans”, s’est rรฉjouie la nรฉgociatrice brรฉsilienne Maria Angelica Ikeda, personnage clรฉ des tractations.
Les pays riches — menรฉs par l’Union europรฉenne, le Japon et le Canada en l’absence des รtats-Unis, non-signataires de la Convention – sont hostiles ร la multiplication des fonds, craignant une fragmention de l’aide au dรฉveloppement.

Avec ce cadre financier, “nous avons le plat, maintenant nous pouvons rechercher la nourriture”, s’est mรชme fรฉlicitรฉ Daniel Mukubi, reprรฉsentant habituellement inflexible de la Rรฉpublique dรฉmocratique du Congo.
“Ni d’un cรดtรฉ ni de l’autre cรดtรฉ, on n’a dรป sacrifier des positions”, a estimรฉ auprรจs de l’AFP le nรฉgociateur europรฉen Hugo-Maria Schally, convaincu que l’accord offre “un processus ouvert et รฉquitable”, avec “plus de confiance mutuelle”.
Malgrรฉ l’รฉchec sur la finance, le sommet de Cali avait enregistrรฉ quelques dรฉcisions notables: l’une permettant une participation plus active des peuples autochtones au processus, l’autre crรฉant un “Fonds Cali”, destinรฉ ร distribuer une petite part des immenses bรฉnรฉfices rรฉalisรฉs par des entreprises des pays riches grรขces aux plantes ou aux animaux prรฉlevรฉes dans le monde en dรฉveloppement.
Humaniterre avec AFP