Conakry, Guinรฉe
Son cas a รฉtรฉ dรฉnoncรฉ par l’ONU, des ONG et des diplomates guinรฉens.
“Je les ai suppliรฉs de ne pas le faire”, se lamente Mariam Soumah lors d’un entretien ร Conakry, oรน elle est hรฉbergรฉe par des proches.
Elle fait dรฉfiler sur son tรฉlรฉphone les photos de Sabina, qui a fรชtรฉ son premier anniversaire en novembre.
Voulant fuir la Guinรฉe, oรน plus de la moitiรฉ des habitants vit sous le seuil de pauvretรฉ selon la Banque mondiale, Mariam, qui vivait de petits boulots ร Conakry, a choisi de se rendre au Bรฉlarus dans l’espoir d’atteindre ensuite l’Union europรฉenne. Un itinรฉraire de plus en plus empruntรฉ.
L’UE accuse le rรฉgime du prรฉsident Alexandre Loukachenko d’encourager les migrants ร suivre ce circuit pour accentuer la pression sur les 27, dans un contexte de confrontation entre Minsk, alliรฉ de Moscou, et les Occidentaux.
Comme beaucoup, Mariam a รฉtรฉ convaincue via internet de venir au Bรฉlarus avec un visa รฉtudiant.
“Je ne voulais pas aller illรฉgalement (en Europe) par la mer. J’ai regardรฉ sur une carte et j’ai vu que le Bรฉlarus รฉtait entourรฉ de pays Schengen”, explique-t-elle.


– 600 grammes –
Son calvaire a commencรฉ alors que, dรฉjร au Bรฉlarus, elle tentait de renouveler son visa. Enceinte d’un Guinรฉen lui aussi parti pour rejoindre l’UE, Mariam a accouchรฉ deux mois avant la date prรฉvue.
Sa fille, Sabina, ne pesait que 600 grammes ร sa naissance en novembre 2024. Elle a รฉtรฉ transportรฉe d’urgence en soins intensifs, oรน les mรฉdecins bรฉlarusses ont rรฉussi ร la sauver.
Mais peu aprรจs, Mariam s’est vu interdire de voir son enfant, ร moins de rรฉgler de coรปteux frais mรฉdicaux. Et a plus tard รฉtรฉ emprisonnรฉe pour avoir dรฉpassรฉ le dรฉlai de validitรฉ de son visa. Pour finalement รชtre contrainte de monter dans un avion sans sa fille.
“J’ai dit que je ne repartirai qu’avec mon bรฉbรฉ. Je les ai suppliรฉs: “laissez mon bรฉbรฉ se rรฉtablir et je rentrerai chez moi avec elle”. Ils ont refusรฉ”, tรฉmoigne-t-elle.
Depuis son expulsion en aoรปt 2024, Mariam a รฉtรฉ autorisรฉe ร passer deux brefs appels vidรฉo pour voir Sabina, gardรฉe dans un orphelinat de Minsk.
Des experts de l’ONU ont qualifiรฉ cette sรฉparation forcรฉe d'”extrรชmement prรฉoccupante” et l’ambassade de Guinรฉe ร Moscou, qui supervise le Bรฉlarus, a dรฉclarรฉ suivre l’affaire et avoir demandรฉ des “รฉclaircissements”.
Contactรฉes par l’AFP, les autoritรฉs bรฉlarusses n’ont pas donnรฉ suite.

Il y a plusieurs mois, la Biรฉlorussie a expulsรฉ de force la jeune mรจre migrante sans son bรฉbรฉ, dans une affaire condamnรฉe par l’ONU, les organisations de dรฉfense des droits humains et les diplomates guinรฉens. Photo by PATRICK MEINHARDT / AFP)
– “Comment va mon bรฉbรฉ?” –
Les tentatives visant ร empรชcher Mariam de voir Sabina ont commencรฉ alors qu’elle se remettait d’une cรฉsarienne rรฉalisรฉe en urgence.
“ร l’hรดpital, j’ai demandรฉ: “Comment va mon bรฉbรฉ ?” et on m’a rรฉpondu qu’elle รฉtait malade et fatiguรฉe”, raconte-t-elle, sachant alors seulement que Sabina avait รฉtรฉ transfรฉrรฉe dans un autre hรดpital.
Elle parcourt Minsk pendant dix jours, avant de trouver l’รฉtablissement oรน รฉtait sa fille, ร qui elle rendait visite tous les jours.
Sabina a finalement รฉtรฉ transfรฉrรฉe vers un troisiรจme hรดpital. Mariam a, elle, reรงu une facture mรฉdicale d’environ 28.000 euros et le personnel de l’hรดpital lui a interdit de voir sa fille tant qu’elle n’aurait pas payรฉ.
“Je continuais ร venir et ils continuaient ร dire qu’elle dormait (…) ou qu’elle รฉtait sortie avec les infirmiรจres”, raconte la jeune mรจre.
L’รฉtรฉ dernier, une femme ร l’hรดpital a finalement rรฉvรฉlรฉ ร la mรจre que Sabina allait รชtre envoyรฉe dans un orphelinat.
Parallรจlement, Mariam, elle-mรชme orpheline, tentait de s’inscrire ร d’autres รฉtudes pour renouveler son visa, mais sa demande a รฉtรฉ refusรฉe.
En juillet 2025, elle dit avoir รฉtรฉ emprisonnรฉe pour avoir enfreint les rรจgles d’immigration.
“Ils ont tout simplement sรฉparรฉ la mรจre et l’enfant”, dรฉnonce Enira Bronitskaรฏa, militante en exil qui travaille pour Human Constanta, une organisation de dรฉfense des droits des migrants au Bรฉlarus.
“Menacer de ne pas lui rendre son enfant est bien sรปr illรฉgal” sans dรฉcision officielle de lui retirer ses droits parentaux, selon Mme Bronitskaรฏa.
En prison, les agents de l’immigration ont tentรฉ de convaincre Mariam de trouver un membre de sa famille qui pourrait financer son billet de retour, ce qu’elle a refusรฉ de faire sans son enfant.
Puis, un jour, elle a รฉtรฉ menottรฉe et conduite ร l’aรฉroport pour un avion ร destination d’Istanbul, avec la consigne de ne pas revenir. En Turquie, Mariam a appelรฉ la femme qui l’avait รฉlevรฉe en Guinรฉe.
“J’arrive. Mais je n’ai rien, mรชme pas mon enfant”, lui a-t-elle dit en sanglotant.
Humaniterre avec AFP






